Xelias

Chantier de réflexions sur le cinéma, l'homosexualité, l'actualité - avec des morceaux de vraie vie et même des extraits de fiction dedans !

29 octobre 2009

Tolkien et les mots

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Tolkien, certes, ne relève pas de la modernité en littérature. Passablement passéiste dans ses centres d'intérêts, conservateur dans ses idées générales, son oeuvre entière est une réaction contre son temps, jugé prosaïque et industriel (ce qui, on le notera, n'est pas forcément un défaut). En dépit de tous les éloges et de toutes les citations que pourront trouver ses adeptes, ce n'est pas son écriture qui a valu à Tolkien sa notoriété.

Prenez le Seigneur des Anneaux. Mettez de côté les poèmes et les chansons (assez indigestes pour la plupart, jamais lus pour la grande majorité d'entre eux) : dans l'ensemble ce sont l'histoire et son décor qui priment sur l'élaboration d'un style. A l'inverse du basculement introduit par la modernité (on passe de l'écriture d'une aventure à l'aventure d'une écriture), l'écriture de Tolkien se fait transparente, elle s'efface derrière les personnages, les paysages, les aventures, toute l'incroyable mythologie qu'il a inventée. Le Seigneur des Anneaux est une vaste entreprise de naturalisation d'une mosaïque de mythes et de légendes : son style aussi se devait d'être "naturel".

Quant à savoir ce qui est préférable, de la fadeur de l'écriture du Seigneur des Anneaux, ou des tentatives (dans ses poèmes, dans le Silmarillon...) de retrouver une écriture "pure" en imitant tournures archaïques et mots désuets, je ne saurais dire.

Et pourtant...

Et pourtant, au coeur-même de l'oeuvre de Tolkien, dece qui la fonde et la motive, il y a les mots. Une méditation sur l'incroyable pouvoir créateur des mots et sur leur étrangeté irréductible (l'un ne va pas sans l'autre). Cette méditation se nourrit de deux sources.

La première, ce sont les langues étrangères. Elles ont fasciné Tolkien dès son plus jeune âge, au point d'en faire un philologue, un spécialiste de la littérature nordique et, plus original, un créateur de langues. Pour les amateurs de Tolkien, j'enfonce des portes ouvertes, mais on ne répètera jamais assez que Tolkien a d'abord commencé à inventer des langues imaginaires complètes, cohérentes, inspirées de sa connaissances des langues anciennes (le vieil anglo-saxon, les langues scandinaves...). Et que c'est tout en élaborant ces langues qu'il a commencé par imaginer les peuples qui pouvaient les parler, et, de là, à imaginer leur histoire, leurs légendes, leur monde... Toute la Terre du Milieu s'est élaborée à partir de ce noyau fondateur : les langues imaginaires.

Les mots font rêver, et les mots forgés par Tolkien ont rêvé de la Terre du Milieu.

Pour transparente que soit l'écriture de Tolkien, son monde n'en est pas moins un monde de mots, comme une île suspendue dans les airs par la seule force de syllabes et de lettres inconnues.

La deuxième source de méditation de Tolkien est intimement liée à la première : c'est la reconnaissance du pouvoir fondamental des mots. Je me permets de citer ici un passage écrit par Tolkien lui-même dans son texte sur les Contes de Fées :

"Mais combien puissante, à quel point stimulante pour la faculté même qui la produisit, fut l'invention de l'adjectif !(...) La pensée qui conçut "lumière", "lourd", "gris", "jaune", "immobile", "rapide" imagina aussi une magie qui rendrait les choses lourdes légères et capables de voler, qui changerait le plomb gris en or jaune et le rocher immobile en eau courante."
Des arbres qui marchent, des rochers qui parlent, des chevaux qui volent, des dragons qui gardent des trésors en crachant du feu... Toutes ces merveilles de l'Heroïc Fantasy seraientt avant tout des créations de la langue, au même titre que "la terre est bleue comme une orange".

Et, en dépit des mondes qui les sépare, je ne peux m'empêcher de penser à Mallarmé, à son travail profond sur les mots, leur étrangeté, leur pouvoir évocatoire et incantatoire, et à ces citations qui pourraient presque s'appliquer à Tolkien autant qu'à Mallarmé :
"...Donner un sens plus pur aux mots de la tribu..."
"...Le monde est fait pour aboutir à un beau livre..."
"...Je dis : une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous les bouquets..."

PS : En couverture, Les Etymologies, de Tolkien, illustré par Alan Lee. Je n'ai pas lu ce livre, mais j'ai pu trouvé cela sur Internet : "Ce livre constitue une aide irremplaçable, rédigée de la main de Tolkien, pour comprendre son univers et Le Seigneur des Anneaux, qui ont tous deux pour origine l’amour de Tolkien pour les langues qu’il inventait. Publié avec l’aide du Tolkien Estate et de Christopher Tolkien, illustré par Alan Lee, cet ouvrage est unique en son genre. Le lecteur trouvera dans ce « dictionnaire étymologique » elfique l’explication de nombreux noms et le point de départ de bien des récits imaginés par Tolkien. Il suivra l’évolution d’une langue « vivante » et saisira mieux l’importance d’une langue dont la création a accompagné et guidé la naissance du Seigneur des Anneaux."

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Pensée sur le vide

alien
La foi absurde et obstinée des croyants ne rend que plus angoissante encore notre solitude,
- comme ces enfants qui continuent à appeler leurs parents partis depuis longtemps
- comme dans ces films du genre "Alien" où il y en a toujours quelques uns pour espérer et attendre qu'on va revenir les sauver, au lieu de se taire et de faire face.
Ah ! Ah ! Ah !

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28 octobre 2009

Credo

Greco

J'ai parfois entendu dire autour de moi :
"Je ne suis pas chrétien mais bon, de là à dire que je ne suis pas athée... Il existe sûrement quelque chose, on ne peut pas affirmer qu'il n'existe rien. Il y a des signes, parfois, comme des traces, dans le monde extérieur ou dans notre propre conscience Un saisissement qui peut nous prendre, une énergie qui nous traverse, une présence quelque part, au-delà, avant nous ou après nous..." Le carcan chrétien, souvent catholique plus que protestant, est trop lourd à porter : contraignant, arbitraire, absurde, alambiqué, entaché de trop de crimes du passé et du présent. Mais la foi, ou une foi, quelle qu'elle soit, subsiste, mêlée parfois de notions venues d'ailleurs, d'Asie.

Moi non. J'affirme mon athéisme.
Dieu n'existe pas.

L'idée même de Dieu m'est venue de l'extérieur, de livres ou de personne que je n'ai aucune raison de croire plus que ma propre conscience. Mon Livre à moi, c'est l'éthique de Spinoza, un livre ou Dieu n'est rien d'autre (à mes yeux) que la nature, que ce qui existe et ce qui pousse à exister.

Mas mon athéisme est un drôle d'athéisme. Un athéisme qui ne m'a pas empêché de lire les Evangiles, de lire sur le judaïsme, sur le christianisme. C'est un athéisme qui s'est construit contre (et donc avec) le catholicisme, contre (et donc avec) la théologie. Après tout, leplus grand film chrétien, l'evangile selon St Matthieu, de Pasolini, n'a-t-il pas été réalisé par un athée marxiste ? Et les ouvrages de Kazantzaki (La Dernière Tentation, la Lettre au Greco) ne sont-ils pas des oeuvres qui ne cessent de question la religion, non en la rejetant simplement, mais en l'intégrant, en la dépassant ?
Mon athéisme est un athéisme tranquille et serein, à la Spinoza, mais traversé par le constat nietzschéen que la mort de Dieu est une perte - vivre sans Dieu ne va pas de soi. Quitte à la critiquer, à la démolir, encore faut-il considérer la religion comme un adversaire (et plus fort est ton adversaire, moins tu le méprises, plus ta lutte te grandira.)

A l'inverse de ceux qui rejette la religion pour ne garder que la foi, je préfère jeter le bébé et garder l'eau du bain. Que nous importe après tout l'existence ou la non-existence de Dieu ? des miracles ? de la vie après la mort ? Mais la théologie, les dogmes, les paraboles : c'est là le coeur du problème, ce qui est véritablement fascinant.

Longtemps, j'ai usé de la métaphore amoureuse, comme dans l'amour courtois où la relation à la femme aimée, idéalisée, inaccessible, devenait équivalente à la relation à un Dieu aimé, idéalisé, inaccessible et muet. Et cela a donné un petit film : "l'Amant, la Muse et le Satyre". Puis j'ai renoncé aux femmes et à l'amour idéal. La relation à Dieu le Père est aussi l'équivalent à la relation au Père (réel ou abstrait) - ce Père contre lequel il faut bien se dresser un jour ou l'autre. Accepter ou rejeter son code moral, sa vision du monde - en tout cas, faire ce qu'on peut...

Dire : "Je suis athée.", c'est dire :" Je n'ai pas de père."
Et cela ne va plus du tout de soi. Et les réponses de la religion - aussi fausses, aussi absurdes et tordues soient-elles - m'aident parfois à trouver la bonne direction à prendre (il suffit parfois de prendre le chemin inverse à celui qu'elles indiquent !).

Je suis un athée militant et désemparé.

(iconographie : "La Vision de Saint Jean", Le Greco, détail)

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26 octobre 2009

Mother, de Bong Joon-ho (2009) 4/4

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     8. Epilogue

C’est la fin de l’histoire. On voit ce que les personnages sont devenus, quels sont leur « arc de caractérisation » (leur évolution tout au long du film), et on découvre aussi les thèmes du film : ce sur quoi portait l’histoire. Ici, bien sûr, c’est sur la relation mère-fils et sur l’ambiguïté de leur relation (même si je pense qu’une analyse plus serrée permettrait d’être plus précis à ce sujet).


- le fils est libéré. Son ami l’attend avec une belle voiture toute neuve (grâce à l’argent de la mère). Sur le trajet, ils font un arrêt pour voir les ruines fumantes de la maison du vieil homme.

- Le fils mange avec sa mère. Il dit qu’il sait pourquoi le meurtrier a mis la lycéenne sur la rambarde sur le toit de la maison : c’est parce qu’elle n’était pas encore morte, pour la montrer à tout le monde et que quelqu’un puisse s’en occuper… Mais la mère préfère qu’il se taise.

- La mère part en voyage en bus. Le fils lui remet sa boîte d’acuponcture qu’il a trouvée dans les cendres de la maison du vieil homme. Mais il ne fait pas le lien…

- Dans le bus, tout le monde danse (c’est visiblement un voyage organisé) sauf la mère. Mais elle se fait un point d’acuponcture et elle se met à danser elle aussi.


Pour finir, quelques petites remarques sur les « plants » et « pay-off » du films. C’est-à-dire ces éléments qui sont distillés au début ou tout au long du film, l’air de rien, et qui se trouvent jouer un rôle important par la suite.


La scène d'ouverture du film, pendant le générique, est un "plant" un peu particulier : on y voit la mère marcher dans un champ de blé doré puis, arrivée au premier plan, se mettre à danser en alternant les rires et les larmes. C'est très étrange, elle a l'air un peu folle, sans être dénuée de grâce. Le spectateur se rendra compte au cours du film que cette scène a lieu en fait bien plus tard, lorsque la mère revient de la bicoque du vieil homme qu'elle a incendiée (si je me souviens bien), même si, à ce moment-là, on ne la voit pas danser. Cette scène, comme presque toutes les scènes d'ouverture, donne la "clé" du film : non pas la clé du mystère, mais au sens musical. En dépit de son intrigue policière, c'est avant tout le portrait de cette femme qui importe, à mi-chemin entre la folie et la grâce...


Le début du film, avec la scène du golf, en comporte au moins trois :

- le rétroviseur cassé, qui guidera plus tard la mère sur la fausse piste de l’ami

- les balles de golf que ramasse le fils et dont on en retrouvera une sur le lieu du crime (et qui s’avèrera à la fin être un véritable indice, et non plus un faux mis là par quelqu’un d’autre)

- le club de golfe que l’ami avait volé en cachette : la mère, comme le spectateur, pense avoir trouvé là l’arme du crime, mais là encore, c’est une fausse piste.


Ce n’est pas très subtil mais tout le film joue sur des allusions à un certains « JP le fou » : au premier acte, le commissaire dit qu’il n’a pas le temps de s’occuper du fils car il a déjà d’autres affaires sur les bras, dont la fugue d’un certain JP. Et au troisième acte, les enfants, puis les lycéens, révèlent que la lycéenne couchait avec un certain « JP le fou ». Le spectateur un peu attentif fait rapidement le lien (c’est fait pour) et se dit que c’est peut-être ce JP qui a fait le coup. Le scénario l’oublie un peu par la suite, mais c’est pour mieux le retrouver à la fin, quand la police l’accuse du meurtre de la lycéenne. Mais le spectateur a appris depuis que c’est bien le fils le coupable : donc ces indices étaient une fausse piste qui s’est avérée une vraie piste.


Deux autres « plants » :

- les saignements de nez de la lycéenne, qui se révèleront accabler ce pauvre JP

- les conseils de la mère à son fils de ne laisser personne le traiter d’idiot. Or c’est parce que la lycéenne l’a traité d’idiot que le fils s’est soudain mis hors de lui et lui a lancé la pierre…


A noter quand même que tout le film repose sur l’ellipse de la scène du meurtre. Or, lorsqu’on suit le fils rentrer chez lui la nuit, croiser cette lycéenne, la draguer un peu lourdement puis abandonner, rien ne laisse supposer qu’il y a ici une ellipse importante. C’est justifié par le fait que le fils a une mémoire plus que défaillante, mais malgré tout, le procédé est à la limite de l’honnêteté vis-à-vis du spectateur. Mais bon, tout est dans le contrat de lecture du spectateur : à la fin, il comprend que le réalisateur lui a « menti » mais qu’il aura fallu ce mensonge pour l’embarquer dans l’histoire. La motivation l’emporte sur la vraisemblance..

 

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Mother, de Bong Joon-ho (2009) 3/4

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3è ACTE :L'ATTAQUE

      5. Un nouvel élan

Cette fois, le héros passe vraiment à l’action, avec méthode, en anticipant les choses. C’est la mère qui reprend l’enquête depuis le début en suivant obstinément sa piste.


- La mère commence alors à enquêter auprès de jeunes garçons : la lycéenne couchait avec tout le monde !

- Lors d’une visite au parloir, le fils révèle se souvenir que sa mère a voulu la tuer quand il avait cinq ans. Il ne veut plus la voir.

- La mère apprend d’une photographe professionnelle que la lycéenne était venue la voir pour faire développer des photos prises par son téléphone portable. Et aussi qu’elle saignait souvent du nez.

- La mère réussit à approcher la meilleure amie de la lycéenne, qui lui apprend qu’elle avait réussi à rendre silencieux l’appareil photo du téléphone portable de la lycéenne, et qu’elle en avait profité pour prendre en photo tous les hommes avec qui elle avait couché.

- La mère fait ensuite appel à l’ami (moyennant beaucoup d’argent !) pour interroger violemment deux autres lycéens qui révèlent que ces photos peuvent valoir beaucoup d’argent, car elle a couché avec des hommes parfois influents, etc.


     6. Le but se rapproche

La quête progresse, la tension monte.

Mais l’antagoniste lui aussi évolue et prend des forces : si l’hypothèse du fils est la bonne, alors on a le phénomène suivant : la mère demande à son fils de faire des efforts pour se souvenir de cette nuit-là. Mais plus le fils se souvient, plus il se souvient de choses qui vont contre sa mère, à commencer par la fois où elle a voulu le tuer et se suicider ensuite.


- La mère se rend alors chez la grand-mère de la lycéenne et réussit à lui soutirer le fameux téléphone portable.

- Elle retrouve son fils au parloir, qui se souvient avoir vu un vieil homme dans la bicoque ce fameux soir. Il le reconnaît parmi les photos du téléphone, et la mère se souvient que c’est l’homme à qui elle a acheté un parapluie. Par ailleurs, le fils s’est fait battre en prison car, sur les conseils de sa mère, dès que quelqu’un le traite d’idiot, il le frappe.

- La mère se rend alors dans l’espèce de ferraille où vit le vieil homme à moitié clochard. Elle se fait passer pour quelqu’un d’autre. Il reconnaît avoir tout vu le soir du drame, même s’il n’a rien dit à la police.


4è ACTE : LA RESOLUTION


     7. La résolution

Le héros était un guerrier, il devient un martyr : c’est-à-dire qu’il est prêt à faire tout ce qu’il faut faire pour parvenir à son but. D’une part on a désormais tous les éléments en place, plus aucune information supplémentaire décisive ne peut arriver maintenant. Et d’autre part le héros ne peut pas être aidé : il doit rassembler tout son courage et prouver qu’il a dominé ses propres démons intérieurs qui l’empêchaient d’avancer par le passé. Ici, en l’occurrence, en fait de démons, nous avons plutôt les remords et le sens de l’humanité. Mais tout ça est battu en brèche par la force de son amour pour son fils.


- Pour le faire parler, la mère lui dit que son fils va bientôt être libéré. Il révèle alors que c’est bien le fils qui a tué la lycéenne. La lycéenne l’avait traité d’idiot et il a réagi en lui lançant une lourde pierre qui l’a frappé à la tête. Le vieil homme veut prévenir la police mais la mère le tue, puis met le feu à sa maison.

- La police apprend alors à la mère qu’ils ont une nouvelle piste : un jeune homme trisomique avec qui la lycéenne avait couché et sur qui on a retrouvé du sang de la lycéenne ! Il a beau clamer qu’elle saignait souvent du nez, tous les soupçons se reportent sur lui. La mère veut le voir, elle fond en larme.

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25 octobre 2009

Mother, de Bong Joon-ho (2009) 2/4

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 Notamment à partir de la fameuse « structure en 8 séquences» du tchèque Frank Daniel (1926-1996), qui a enseigné les techniques du scénario dans les écoles américaines les plus prestigieuses.

NB 1: Je me suis servi d’une sorte de résumé de la structure en 8 séquences, trouvé sur Internet. Puis j’ai fais ça de mémoire, avec des formules parfois un peu hasardeuses, qui n’engagent que moi, et surtout pas Frank Daniel !!


NB 2 : C’est un résumé scène par scène fait de mémoire après avoir vu le film. J’ai essayé d’être le plus concis possible, tout en rendant l’histoire lisible et en donnant le maximum d’éléments nécessaire pour comprendre les différents retournements. Ce n’est pas un exercice facile !

1er ACTE : L'EXPOSITION


Il s’agit de donner toutes les données nécessaires pour lancer l’histoire proprement dite, et d’en poser les enjeux. Cet acte se divise en deux séquences :


  1. La présentation de la situation

C’est la routine du personnage : il faut caractériser les différents personnages, et montrer la vie quotidienne d’où ils seront expulsés par l’événement déclencheur. Le plus efficace est de montrer tout cela par un conflit.


- Pendant que la mère travaille, son fils se fait renverser par une Mercedes

- L’ami du fils emmène le fils pour se venger : ils retrouvent la voiture dans un terrain de golf, cassent un rétroviseur et agressent les passagers de la voiture

- On les retrouve au commissariat où l’affaire est classée sans suite, sauf pour le rétroviseur : l’ami accuse le fils de l’avoir cassé, le fils pense que c’est vrai. La mère arrive pour chercher son fils.

- La mère et son fils mangent ensemble le soir.


  1. L’élément déclencheur

Le point d’attaque : quelque chose survient qui jette le personnage hors de son équilibre. Cette séquence doit montrer clairement les enjeux du conflit : que veut le personnage principal ?Pourquoi agit-il ainsi et pas autrement ? Le point d’attaque est clair : le fils est accusé de meurtre. Ensuite, la mère comprend qu’elle ne peut pas laisser la police travailler et qu’elle doit agir..

C’est aussi la première vue frontale du protagoniste. Mais je n’ai pas réussi à déterminer exactement qui est le protagoniste : est-ce que ce serait son fils ? C’est-à-dire la part de son fils qui cherche à s’émanciper, à retrouver la mémoire et l’intelligence ?


- le fils attend son ami dans un bar toute la soirée

- il finit par rentrer seul, complètement ivre. Il essaie de draguer une lycéenne sur son chemin.

- Le lendemain matin, la police découvre le corps de la lycéenne, posé sur la balustrade du toit de la bicoque où le fils l’avait draguée.

- Le fils est emmené par la police, en débit de la mère qui court après la voiture.

- Interrogé par la police, le fils avoue tout, sans vraiment comprendre ce qui lui arrive. On a retrouvé une balle de golf avec son nom près de la victime…

- La mère le voit au parloir, elle ne comprend pas pourquoi il a avoué s’il est innocent.

- La police effectue la reconstitution du meurtre, mais le fill fait un peu n’importe quoi.

- En dépit des supplications de la mère, le commissaire lui dit que c’est une affaire classée pour lui : il a d’autres affaires à suivre !


2è ACTE : LA REPONSE


  1. La réaction

Le héros réagit, mais il ne sait pas dans quelle direction. Il erre, il fait des plans.


- la mère se rend à l’enterrement de la lycéenne pour essayer d’expliquer que ce n’est pas son fils le coupable, mais elle se fait huer et gifler.

- Elle essaie alors d’amadouer le meilleur avocat de la ville

- Au parloir, l’avocat est atterré par le comportement du fils qui ne se souvient que d’une seule chose : que c’est bien son ami, et pas lui, qui a cassé le rétroviseur de la Mercedes. L’avocat s’en va.

- En discutant avec son fils, la mère se rend compte que l’ami en question était la seule personne à être au courant que son fils avait pris des balles de golf.

- Elle se rend chez l’avocat mais il refuse de la voir.


  1. Si près, si loin…

Une première piste au terme de laquelle le héros pense atteindre son but. Mais c’est pour mieux tomber et se retrouver encore plus loin du but qu’au début. Au milieu du film se trouve presque toujours un twist dramatique qui vient relancer la tension : ici, je pense que c’est la piste de la réputation de la lycéenne.


- la mère décide de se rendre seule chez l’ami. En fouillant, elle trouve un club de golf avec une marque rouge dessus. Puis elle doit se cacher car l’ami revient et fait l’amour avec une jeune fille.

- Elle réussit à sortir et se rend aussitôt à la police, qui convoque l’ami. Mais la marque rouge n’est que du rouge à lèvres...

- En sortant du bureau de police, accablée par cette humiliation et cette fausse piste, elle se décide à acheter un parapluie.

- Elle retrouve l’avocat dans un restaurant. Il lui fait miroiter la possibilité de plaider la folie et d’obtenir pour son fils que 4 ans d’enfermement dans un hôpital psychiatrique. Elle refuse.

- Chez elle, de nuit, l’ami l’attend, furieux par son comportement. Il lui extorque de l’argent en dédommagement, mais lui révèle aussi qu’elle devrait enquêter du côté des fréquentations de la lycéenne, qui n’avait pas très bonne réputation

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Mother, de Bong Joon-ho (2009) 1/4

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Pour une fois, passons le temps en parlant un peu cinéma : après tout, ça devrait être l’activité principale de ce blog (du bloggueur à tout le moins !). Et histoire d’être un peu original, parlons d’un film qui n’est pas encore sorti en salles, mais que j’ai eu l’occasion de voir en Avat-Première à l’Etrange Festival de Strasbourg :


MOTHER, de Bong Joon-ho (2009, Corée du Sud)


Bong Joon-ho est l’auteur des remarqués Memories of Murder, et The Host. Ici, il nous offre un film policier assez classique dans l’ensemble, mais avec cette particularité que l’enquête est menée par la mère du jeune homme accusé d’un meurtre. Une mère possessive, étouffante, castratrice, mais prête à tout pour prouver l’innocence de son fils, un jeune homme un peu attardé et attachant. Comme le souligne le titre du film, la mère est plus que le personnage principal du film : elle en est le sujet, au point qu’on pourrait voir dans toute cette enquête qu’un moyen de caractériser la personnalité de cette mère.


Le film est efficace, très efficace. Par la qualité du scénario comme par le talent de la réalisation, il se situe au même niveau que les précédents films du réalisateur, et n’est pas sans rappeler The Chaser, de Hong-Jin Na, sorti en mars de cette année. Dans les deux cas, nous avons un bon film de genre, au scénario imparable (quoi qu’avec un peu trop de rebondissements sur la fin dans les deux cas…), à la fois très exportables et prêts à être « remaké » par Hollywood (sans parler des films de Park Chan-Wook comme « Old Boy » !).


Le reproche qu’on pourrait faire à cette « vague coréenne », si on devait théoriser un peu la chose, c’est qu’il n’y a rien qui vient opposer de la résistance au bon déroulement du scénario et de la réalisation. Cette résistance, ça pourrait être le réel, ou alors le style du cinéaste, mais non. Le réel est assez universel (le film pourrait se passer n’importe où, et notamment à Hollywood…) et pour le style… Je ne sais pas trop. Il y a du style, il y a en tout cas une qualité de la réalisation, des lumières, des mouvements de caméra, des jeux d’acteurs, mais je ne suis pas certain que cela traduise une véritable vision du monde… C’est un peu du « world cinema ».


Cela dit, c’est un « world cinema » dont la Corée n’a pas à rougir. Par de nombreux aspects, la situation en Corée est similaire à celle de la France. La Corée du Sud a environ 50 millions d’habitants, et elle est l’un des rares pays au monde à avoir développé une politique nationale de cinéma (protectionnisme et financement) qui fait que plus de 50% des entrées vont à des films coréens. Les Etats-Unis sont furieux et mettent une pression sur le gouvernement coréen pour que cette situation change, mais les cinéastes ont réussi à se mobiliser pour défendre le cinéma coréen, qui aujourd’hui s’exporte très bien en Asie, dans les Festivals du Monde Entier, et en Europe !


Bref, c’est pareil qu’en France, à cette différence près que je ne sais pas s’il y a autant de films français qui s’exportent aussi bien, auprès d’un aussi vaste public, que les films coréens…


Mais puisqu’une des qualités majeures de ce cinéma est d’être très « pro » et d’avoir un scénario impeccable, peut-être peut-on se livrer à un petit exercice d’analyse de scénario ? C’est ce que je vais essayer de faire dans mon prochain texte…

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22 octobre 2009

Parabole sur l'ennui

La scène se passait dans ce bar un peu paumé où je traîne de temps en temps certains soirs. Je n'avais plus la force de partir, je suis resté là à siroter des bières interminables en regardant les autres clients discuter entre eux. Et au bout de la nuit, presque au petit jour, un vieux clochard a brutalement atterri à ma table, un de ces clochards qui se veulent célestes comme notre chère vile en connaît quelques uns, de ceux qui croient avoir tout compris de la vie et qui n'hésite pas à vous le répéter. Je n'avais rien d'autre à faire qu'à l'écouter, et il m'a alors raconté cette drôle d'histoire :

"C'est une histoire qui s'est passé il y a quelques années. Chaque matin, un vieil homme marchait d'un pas pressé pour se rendre à son travail. C'était un homme très occupé, un homme connu à Strasbourg, respectable et respecté. Il consacrait beaucoup de temps à son travail, à sa famille, et aux nombreuses activités auxquelles il participait. Chaque matin et chaque soir, sur son trajet, il passait devant le café Montmartre, celui qui est au coin de la Rue du Vieux Marché aux Poissons. Et chaque matin, il croisait le même jeune homme qui sirotait un café à la terrase, et chaque soir il le retrouvait à la même place, comme si le jeune homme n'avait rien fait d'autre de la journée. Et cela agaçait profondément notre vieil homme !

Un soir, le vieil homme s'arrête devant la terrasse et s'adresse au jeune homme :

"Toi, là, tu passes ton temps assis là à bailler aux corneilles, ne fais-tu donc rien de tes journées ? de ta vie ? Le vide de ta vie ne t'effraie-t-il pas ? Arrives-tu à t'endormir le soir sans remords ? sans le sentiment d'avoir gâché ta journée ? de voir le temps filer entre les doigts sans que tu ne fasses rien pour le retenir ? Nous ne sommes sur Terre que pour quelques années à peine, et Dieu sait ce qui nous attend après ou pas ! ne comptes-tu donc rien accomplir durant le temps qu'il t'est imparti ? Penses-tu que tu es sur Terre juste pour boire ton café ?"

Mais le jeune homme a un sourire malicieux et il répond :

"Et toi, qui passes tes journées à courir à droite et à gauche, pourquoi t'acharnes-tu à remplir tes journées et ta vie ? Qu'est-ce que tu fuis ainsi ? Le vide de ta vie ?  Arrives-tu à t'endormir le soir sans la terrible impression d'être passé à côté de l'essentiel ? Nous ne sommes sur Terre que pour quelques années à peine, dis-tu. Je suis tout à fait d'accord avec toi sur ce point. Alors où vas-tu à courir ainsi tout le temps ? Quelle importance de courir ou de rester immobile ? Si le temps est notre seule richesse, pourquoi ne pas le savourer ? Pense-tu que tu es sur Terre juste pour courir à droite et à gauche ?"

Le vieil homme haussa les épaules et continua son chemin. Mais depuis ce jour-là, il n'a plus jamais réussi à s'endormir comme avant."

Le vieux clochard avait presque fini son histoire. Il se rapprocha encore un peu plus de moi jusqu'à me souffler son haleine avinée au visage et, baissant la voix, il m'a confié sur le ton du secret, comme s'il ne confiait pas ce secret à toutes les autres personnes qui acceptaient de l'écouter raconter son histoire :

"Et ce vieil homme, c'était moi ! J'avais tout : un métier, une femme, une maison... Et j'ai tout abandonné pour suivre les conseils de ce jeune homme ! Mais lui, par contre, il a changé. C'était un étudiant oisif à l'époque, mais il est devenu quelqu'un de très connu ici. Et il est toujours très occupé mainenant. De temps en temps, il me croise de temps en temps mais il fait toujours comme s'il ne m'avait pas vu. Mais je sais bien, moi, qu'il me reconnaît et qu'il fait exprès de détourner le visage ou de m'ignorer. Mais la vérité, c'est qu'il a honte. Il a honte de ce qu'il est devenu, et de ce que moi je suis devenu. Que veux-tu, c'est la vie !"

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11 octobre 2009

Un grand moment de la chanson française !

Un cadeau tout particulier aujourd'hui pour occuper ces interminables dimanches après-midi d'automne. Un tube que j'avais déjà entendu à plusieurs reprises sur ces CD d'anthologies poussiéreuses que j'emprunte de temps en temps à la médiathèque, et dont j'ai trouvé aujourd'hui le "clip" de 1936 ! Merci youtube...

C'est un duo entre René Koval, chanteur d'opérettes, et Pauline Carton, essentiellement connue pour sa carrière d'actrice de seconds (voir de troisièmes) rôles. Extrait d'une opérette intitulée "Toi C'est moi" écrite par Henri Duvernois et composée par Moyses Simons.

Et parce qu'on trouve de tout sur Internet, en voici une version un peu différente que propose Youtube à la fin de la première vidéo (Martine Pont, Christian Abart, Olivier Gerbeaud, Thierry Oudin) :

Et parce que d'aucuns considèreront cette chanson comme l'un des sommets de la Poësie Française, en comparaison de laquelle Verlaine, MC Solaar et Orelsan sont de pauvres amateurs, voici les paroles :

"L'amour ce fruit défendu vous est donc inconnu
Ah ! Cela se peut-il joli petit bourgeon d'avril
Non je ne l'ai jamais vu, jamais vu ni connu
Mais mon cœur ingénu veut rattraper
Vois-tu tout le temps perdu
Ah ! rien ne vaut pour s'aimer les grands palétuviers,
Chère petite chose
Ah ! Sous les palétuviers, je vous sens frétiller,
Je veux bien essayer

Ah ! Viens sous les pa..
Je viens de ce pas et je vais pas à pas
Ah ! Suis-moi veux-tu !
Je n'suis pas vêtue sous les grands palétus
Viens sans sourciller,
Allons gazouiller sous les palétuviers
Ah oui ! Sous les pa pa pa pa, les pa pa les tu tu,
Sous les palétuviers
Ah ! Je te veux sous les pas, je te veux sous les lé,
Les palétuviers roses
Aimons-nous sous les patus, prends-moi sous
Les laitues, aimons-nous sous l'évier

Ah ! Ton cœur me semble encore hésiter cher trésor
Mais je peux tout oser pour un p'tit, tout petit baiser
Un vertige m'éblouit, un baiser c'est exquis
Mais dès qu'il l'aura pris,
Je vais être pour lui l'objet du mépris
Non le mépris je t'en prie ce n'est pas dans mes prix,
Car je suis pris, mignonne
Mon cœur est aux abois, je te donne, ô mon roi,
Mon corps au fond des bois

Ah ! Viens sous les pa..
Je viens de ce pas et je vais pas à pas
Ah ! Suis-moi veux-tu !
Je n'suis pas vêtue sous les grands palétus
Viens sans sourciller,
Allons gazouiller sous les palétuviers
Ah oui ! Sous les pa pa pa pa, les pa pa les tu tu,
Sous les palétuviers
Ah ! Je te veux sous les pas, je te veux sous les lé,
Les palétuviers roses
Aimons-nous sous les patus, prends-moi sous
Les laitues, aimons-nous sous l'évier

Si je comprends bien, tu me veux mon chien,
Sous les grands palé tu viens !"

Posté par A_M_ à 18:59 - cinéma - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Boyzone en deuil !

Une nouvelle catégorie : les commentaires des infos sur SFR. Dans un tramway bondé, dans une salle d'attente, pour tous ces temps morts où vous n'avez rien d'autre à votre disposition que votre téléphone portable et votre connexion wap, les commentaires SFR sont là !

On commence avec un fait-divers qui n'est sujet à quasiment aucune polémique : "Stephen Gately, de Boyzone, est mort."

Petite sélection (par respect pour leurs auteurs, l'orthographe d'origine sera conservée) :
- C la serie noir pr lé boys bande !
- C'est vraiment triste il etait trop jeune pour partir si tot tout kom filp ds to be free
- Rest in peace avec Philippe mec !
- C ouf. C une malediction ou koi ?
- Toute ma peine st avec sa famille et ses amis
- Sniff
- Encore un de mes chanteurs préférée décédé mais que ce passe - il toute mes condoléance au groupe et à la famille
- 2009 e 1 annee tro moche k d malheur! Pais a t ame
- Keski s pass avc lé boyband bizar!!! apré filip mintnan lui !!!! bou snif!!!!!!
- Je n'aimerais pas être un chanteur des worlds appart! Ahahah
- C'était qui ? lol
- Et pourquoi pa aliage maintenant  ? c pa possible
- Aucune idée de qui c'était..
- qui que ce sois, il faut respecté !
- Mj for ever
- il seron encor + célèbre m1tenan
- La loi des séries ? Ce sont tous les chanteurs à texte qui stressent ! :-)
- Je conai pa.mé sa manpéche pa de le respecté... ta raizon, Mj for ever !
- love me for a reason
- En hommage j'écoute "Répression" de TRUST !
- Toutes mes condoléances a sa famille et amis, Myriam.

D'autres à venir, beaucoup plus savoureux encore, en fonction de l'actualité !

Posté par A_M_ à 10:38 - conversations - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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