Xelias

01 octobre 2013

Musica 2013 - 4 : Quartett, de Luca Francesconi

4Quartett est un opéra adapté de Quartettt, une pièce de théâtre de Heiner Müller, elle-même librement adaptée des Liaisons Dangereuses.

Je n'ai pas du tout aimé cette pièce, mais il faut surtout que je dise pourquoi.

Je n'ai pas les connaissances pour juger la musique en toute connaissance de cause. Je peux juste dire qu'au bout d'un moment, la musique cacophonique tape sur les nerfs, surtout quand les moments possiblement les plus intenses ou les plus émouvants n'ont aucun rapport avec le texte et le récit : ça n'aide absolument pas à entrer dans l'histoire. Même si Written on Skin est très contemporain lui-aussi, je n'avais pas du tout eu cette impression. Mais c'était aussi qu'il y avait une histoire...

Pour ce qui est du texte, je suis plus apte pour juger. Et c'est du n'importe quoi. Du pseudo-intellectuel fumeux teinté de pose d'avant-garde néofestive et pseudo-rebelle. Des Laisons Dangereuses a été soigneusement écarté tout ce qui en faisait l'intérêt, le charme, la saveur, la force : plus de psychologie (ce doit être ringard), plus d'art du dialogue (c'est mieux d'accumuler les métaphores), plus de contexte historique (ou alors réduit à quelques clichés caricaturaux). Juste une accumulation de métaphores, des personnages réduits à quelques traits grossiers.

Luca+Francesconi+lucafrancesconiPourtant, sur le papier, il y avait de quoi faire un huis-clos passionnant : Merteuil et Valmont dans une seule pièce, se séduisant et s'affrontant, puis jouant tour à tour les rôles de Tourvel et Volanges, échangeant leur rôle, et chaque nous jeu de rôle ne fait que poursuivre et intensifier leur rapport de force. Mais tout cela est réduit à néant par un fatras de déclamations pseudo-philosophiques.

 

Extraits du synopsis :

"Il semblerait que Merteuil se masturbe."; "La bête symbolise le peuple, ce qui est pauvre, les employés...", "Ils brisent ce qui est conventionnel : la tension érotique entre eux est évidente, bien que non effective.", "Jeu ambigu : Merteuil a-t-elle réellement tué Valmont ?", "Fin ouverte, les doubles de Merteuil sont sur scène, chacun dessinant une fin différente."

 

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Musica 2013 - 3 : Dusapin, Manoury, Filidei

Deuxième soirée symphonique.

Deux oeuvres de Dusapin : Go (1991), Uncut (2007-2008). Deux oeuvres qui appartiennent à une vaste série de "solos pour orchestre".

Melencolia-Figuren, de Philippe Manoury (2013) : C'est la première fois que j'assiste à un concerto pour quatuor ! Comme toujours, c'est difficile de se faire une idée claire d'une oeuvre aussi dense, et de 30 minutes, qu'on écoute pour la première fois. C'est un peu comme regarder un grand tableau avec une loupe... Mais ce morceau m'a l'air très beau, à la fois sensuel et rigoureux.

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Ogni gesto d'Amore, de Francesco Filidei (2009/2013) : "Essayez d'imaginer une musique qui ait perdu l'élément sonore. Ce qui reste est un murmure, un squelette, léger mais riche de sons presque mécaniques produits par des mains qui touchent et caressent les instruments. C'est la musique de Francesco Filiedi." Ou quand même les pages qui se tournent font partie de la musique ! Mais ce concerto pour violoncelle n'est pas dénié de charme.

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23 septembre 2013

Musica 2013 - 2 : "Written on Skin" de George Benjamin

Extrait de l'article du Monde de 2012 : "Le meilleur opéra depuis 20 ans ?"

"La musique est hallucinante de beauté, de prodiges d'écriture, de textures nervurées, de couleurs subtiles ; l'harmonie circule du plus simple (la quinte, essence de l'harmonie tonale) aux accords les plus saturés, hérités des assemblages harmoniques inventés par les musiciens de l'Itinéraire dans les années 1970. Cet orchestre, d'une violence parfois extrême, mais aussi d'un frémissement sublime (mélanges de sons d'harmonica de verre et de viole de gambe), ne couvre jamais les voix et les nimbe en étroite symbiose. A noter l'exceptionnelle qualité (détail, ensemble, justesse) du Mahler Chamber Orchestra, merveilleusement dirigé par le compositeur."

 

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Extraits de l'article de Télérama de 2012 : La violence obsène et suave de Written on Skin

"Au dernier tableau de Written on skin, deuxième opéra de l'Anglais George Benjamin, en création mondiale au Festival d'Aix qui en a passé la commande, l'héroïne, Agnès, savoure à menues bouchées le cœur de son amant, que le mari trompé lui sert cuisiné en quenelles, sous une cloche d'argent. « C'est bon, sucré comme mon lait, salé comme mes larmes », se délecte la jeune femme, avant de se tuer en se défenestrant, « pour que rien n'efface jamais le goût du cœur de ce garçon, de ce corps ». Comment ne pas songer, devant cette violence d'une obscénité aussi suave qu'insoutenable, à la scène finale de la Salomé de Richard Strauss, où l'héroïne baise longuement et goulûment les lèvres du prophète Jokanaan, dont la tête tranchée lui est servie sur un plateau d'argent ? Rapprochement qui s'impose d'autant mieux que les deux opéras, d'un seul tenant, partagent la même durée ramassée – une heure trois quarts – un égal paroxysme orchestral et vocal.

Sur une proposition de Bernard Foccroule, directeur avisé du Festival d'Aix, et initiateur de cette entreprise, compositeur et librettiste se sont inspirés d'un conte médiéval, l'histoire du poète Guillem de Cabestany, trouvère et enlumineur occitan du XIIIe siècle, qui s'éprend de la femme du seigneur qui l'a engagé à son service. Vengeance du mari trompé, qui tue de sang-froid son rival, arrache son cœur du cadavre, et le sert en repas à l'épouse infidèle. D'un raffinement aussi sadique qu'anthropophage, ce crime passionnel faisait saliver de plaisir Stendhal ! Ce récit d'adultère est digne, également, de figurer dans l'un des cercles de l'Enfer de Dante, au côté des amours tragiques de Francesca da Remini et de son amant Paolo Malatesta. Martin Crimp ajoute au fait divers triangulaire – mari, femme, amant – une méditation sur l'inscription de la vie dans l'art, sur la circulation du désir brouillant les identités sexuelles.

D'où vient, au finale, une impression mitigée de réserve, voire d'ennui ? De la mise en scène, monotone et glauque, signée de l'Anglaise Katie Mitchell. Sur un plateau d'opéra, la chair est souvent triste, le sexe laborieux et factice. Il aurait fallu la maîtrise des corps d'un Patrice Chéreau, dans son film Intimité, ou le délire ironico-sanguinaire d'un Krzysztof Warlikowski, dans Angels in America, pour que l'érotisme des scènes d'orgasme nous étreigne véritablement, transcende le simulacre et le faux-semblant. Written on skin, écrit sur la peau comme sur le livre d'or de l'histoire de l'opéra ? A vérifier à l'occasion d'une reprise dans une autre mise en scène."

 

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21 septembre 2013

Musica 2013 - 1 : Monnet, Robin, Haas

Concert d'ouverture du festival Musica 2013, au Palais de la Musique et des Congrès, avec l'Orchestre du SWR dirigé par françois-Xavier Roth.

Un grand concert, avec un grand orchestre : je me suis dit que c'est toujours impressionnant, avec moins de risque d'ennui que de la musique de chambre parfois beaucoup plus hermétique. Je n'ai pas été déçu. Trois oeuvres, trois manières assez différentes de considérer l'orchestre et de "jouer" avec lui.

 

Marc-Monnet

Marc Monnet : Mouvement, imprévus, et... pour orchestre, violon et autres machins.

Tout d'abord, quelques mots sur les "notes de travail" présentées dans le livret. Une succession de clichés assez consternants, soit qui se veulent drôles mais ne le sont pas trop, soit complètement néo-festifs ("Plus j'avance, plus j'ai envie d'être immoral. Loin de toute mode, libre, hors des conventions collectives, des "moralités", du sens que l'oeuvre peut prendre" "Je suis en contradiction avec la vie, avec le sens. je ne travaille pas pour être dans le système, mais au contraire pour être"), soi tcarrément raccoleuses quand il parle des chômeurs qui sont "dehors" comme lui...

Je me demande s'il pense que les deux autres oeuvres présentées ce soir étaient conventionnelles...

En gros, sa pièce est un concerto pour violon. J'ai beaucoup aimé les passages de violons, sorte de plainte juive, de course virtuose et comme à bout de souffle. Les passages de l'orchestre étaient au contraire plus déconstruits, pas du tout mélodiques - du coup plus difficiles à saisir pour moi. J'ai trouvé ça un peu convenu et fatiguant de jouer tout le temps sur la surprise, le heurté, etc.

 

YannRobin_web

Yann Robin : Monumenta

Pour ce que ça vaut, j'ai été plus séduit par cette oeuvre "monumentale" qui déroule sur une vingtaine de minutes la structure classique mais toujours efficace du "crescendo/decrescendo" mais avec une écriture assez originale, où chaque voix, chaque instrument a sa propre partition. La partition du chef d'orchestre était énorme, il lui a fallu un pupitre adapté !

Autant citer Robin lui-même. C'est un peu abstrait mais ça correspond bien à l'impression générale : "... une écriture massive où les flux se mêlent et s'entrechoquent, où les énergies se superposent et s renforcent. De gigantesques masses "bruiteuses", colorées (harmonie-bruit) s'étirent, se déploient, glissent et se métamorphoes; les timbres explosent et se démultiplient simultanément au travers d'une sur-activité sonore." Effectivement, c'est aussi une oeuvre virtuose et énergie où les musiciens ont fait couler de la sueur !

 

Haas

Georg Friedrich Haas : limited approximations

Sur le texte de résentation, ça faisait un peu peur. Le compositeur y parle d'intervalle de douzième de ton, d'approximation de la progression des harmoniques, de micro-tonalité, d'accords spectraux... Et effectivement, l'oeuvre est probablement, de la soirée, la plus austère, la plus rigoureuse, la plus exigeante... Mais aussi celle qui m'a le plus impressionné et que j'ai, je pense, le plus aimé. On n'est pas dans les effets de manche et l'étalage de virtuosité, mais dans une vraie recherche musicale  qui ne dédaigne pas les effets sonores. Il y a une vraie majesté, une vraie ampleur - ce qui est un peu normal, avec une oeuvre pour 6 pianos (!!) et un orchestre.

En fait, cette histoire de microtonalité signifie que toute l'oeuvre tient sur quasiment une seule note ! En jouant uniquement sur des variations minimes (les "limited approximations" du titre), sur des glissements d'un instrument à un autre, sur le dialogue entre les pianos, entre les octaves, sur les jeux de texture, d'ampleur... Et ça marche !

En tout cas, la microtonalité crée de forts effets de tension et de stress (à la Ligeti !) qui pouraient faire très bien dans des films d'horreur ou fantastiques.

14 avril 2013

La tyrannie du cool (3)

Le renversement de toutes les valeurs, et l'altération du sens des mots - tels sont les principales conséquences du règne du marketing.

C'est bien connu, quand on entend 'l'amour ne s'achète pas. Pour le reste, il y a une carte bancaire', le message est clairement que la carte bancaire permettra d'acheter l'amour... Que penser alors des slogans du style : 'venez comme vous êtes', 'exprimez-vous', 'you're born this way', 'pensez différent', 'soyez vous-mêmes'etc. ? C'est une sorte d'impératif paradoxal : une injonction collective à être unique, mais de la même façon. Une immense machine à conformisme, sous le couvert d'un individualisme forcené.

Soyons cool, soyons rebelles, soyons nous-mêmes, contre ce que la société veut que nous soyons. Tout cela est bien beau. Mais cela reste des slogans publicitaires. À qui profite le crime ?

Pour paraphraser une citation de Spinoza (je ne retrouve plus l'originale), ce n'est pas la contrainte qui est la preuve de l'absence de liberté, mais l'obéissance.

Ou celle-ci : 'les hommes se trompent quand ils se croient libres; cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés.'

Par exemple si un homme, appelons-le Steve J., dépense des millions de dollars pour persuader de l'intérêt d'acheter un produit fabriqué dans des conditions de quasi-esclavage et avec des minerais extraits dans des pays en guerre civile, et qu'au final des millions de personnes achètent effectivement ce produit - qu'importe que les acheteurs soient persuadés d'avoir acheté ce produit en toute liberté, convaincus par l'intérêt du produit, et non contraints par une force policière ou manipulés par une propagande efficace. Le résultat est le même, et probablement plus efficace qu'avec une contrainte réelle. Ces millions de 'citoyens libres' ne sont en fait que des consommateurs/parts de marché pour lesquels le concept de liberté n'est qu'une variable parmi d'autre, et probablement la plus malléable.

L'achat de cet objet, loin d'être un signe d'obéissance, équivaut au contraire, dans l'esprit des acheteurs, a une revendication de liberté et d'indépendance !

(je précise, pour bien montrer que je ne m'exclue nullement du phénomène que j'analyse, que cet article a été rédigé depuis un IPhone... Quelle ironie !).


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La tyrannie du cool (2)

Bien sûr, il y a toujours eu des effets de mode, des effets de groupe et d'exclusion. Mais avec la tyrannie du cool, on passe à une autre échelle, et surtout, à une sujétion complète de ce phénomène à l'uniformisation des modes de vie et à l'exportation d'un mode de vie américain basé sur la consommation et le marketing.

Le cool: notion plastique, à la fois vague et précise dans la tête des gens - un peu comme la féminité, la virilité, etc. C'est un mot américain (anglais?) relativement récent. Je pense qu'on peut dire que la première personne 'cool' à servir de modèle à des millions d'adolescents sur toute la planète était Elvis Presley. C'est l'après-guerre, la jeunesse américaine rejette le modèle traditionnel, et la jeunesse européenne prend modèle sur les états unis pour rejeter leurs traditions à eux.

Ainsi est né l'impératif du cool et le rejet du ringard.

Pour qu'il y ait tyrannie, il faut des moyens de contrôle. Le cool n'est pas un système politique : nul besoin de police. C'est un système mental : ce sont des images qu'il faut transmettre et implanter dans les cerveaux. La tyrannie du cool est avant tout une affaire de technologie : radio, microsillon, Jude-box, magazines, cinéma. Puis le développement de la télévision, des émissions de jeunesse. Les tournées mondiales des stars planétaires. Dans les années 80, on passe à une nouvelle dimension : MTV, les clips, le top 50, les séries télé qui nous montrent comment les ados doivent flirter, les spots publicitaires omniprésents et de plus en plus perfectionnes (il ne s'agit pas de vendre un produit, mais un mode de vie).

On ne dira jamais assez à quel point le marketing et la publicité concentrent à la fois les plus gros budgets de la planète (juste après l'armement) et les techniques les plus perfectionnées de manipulation mentale (sondages, études, art de l'image et du slogan, choix des publics cible et des parts de marché, etc.).

En à peine quelques dizaines d'années, les différences nationales ou régionales, les traditions, les cultures populaires authentiques, déjà bien mises à mal par l'industrialisation, ont été laminées par la lame de fond de la culture pop. Plus personne n'a plus aucune excuse pour ne pas connaître et ne pas aimer Mickaël Jackson ou Britney Spears.

Quand j'étais ado, il y avait encore un semblant de frontière entre le monde du collège (là où il y avait les cool et les pas cool, les flirts, etc) et le monde de la maison où toutes ces pressions étaient absentes et où on pouvait redevenir le petit enfant qu'on était encore un peu. Même le Bad boy, celui qui passait une heure chaque matin à se mettre du gel dans les cheveux et à apprêter ses Reebok Pump et ses fringues de marque, pouvait laisser tomber la façade et penser à autre chose.

Aujourd'hui j'ai l'impression que c'est terminé. Avec Facebook, les smartphones avec appareil photo intégré, twitter et autres technologies similaires, il n'y a plus un instant de répit, ni pour les 'cool' ni pour les plus fragiles.

Tout le monde est tout le temps connecté, tout le monde doit faire attention à son image. Au sens propre : aux photos de soi qui traînent sur internet. Elles sont soigneusement choisies. On demande à effacer celles qui sont trop mauvaise, on photoshope les autres (taille plus mince pour les filles, yeux bleus pour les garçons, etc.). On espère un 't'es beau gosse' ou 'comme t'es belle' en commentaire. Et tant pis pour ceux qui ne sont pas beaux ou pas photogénique.

Tant pis surtout pour ceux sur qui vont se concentrer les sarcasmes et les moqueries. Un mot de travers et la webosphere s'emballe. Le garçon qui aura cru cool de mettre une vidéo de lui sur YouTube va se retrouver l'objets d'un buzz qui lui échappe complètement. La fête dégénère à cause de Facebook. Les rumeurs se répandent et les photos circulent à une vitesse inimaginable il y a dix ans. Combien de suicides suite à ces web-bullying ? Et combien de déceptions, de moqueries et de solitudes ?

Une tyrannie c'est : marche ou crève. La tyrannie du cool c'est : sois cool ou disparais. Et jamais les tyrannies politiques n'ont eu autant d'yeux, d'oreilles, de complices et de délateurs que ne l'a cette tyrannie qui ne dit pas son nom.

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13 avril 2013

La tyrannie du cool

La tyrannie du cool - un paradoxe ? Vraiment ?

Tout le monde est cool, tout le monde doit être cool. Et malheur à celui qui ne se plie pas a la règle - il sera exclu. Non, même pas exclu car le cool est tolérant, ou en tout cas pas explicitement. Le racisme c'est pas cool. Mais le non-cool est invisible, ringard, prise de tête, ridicule - selon les cas.

L'idée même qu'on ne puisse pas vouloir être cool paraît difficile à concevoir. C'est comme un grand rite de passage. Facebook et instagram sont la pour vérifier la conformité des individus aux règles du groupe. Et ce n'est pas parce que ces règles sont 'la rébellion', 'l'originalité', ou 'l'expression de soi', qu'il ne s'agit pas de conformisme. Après chaque photo postée sur Facebook, on attend impatiemment les commentaires, on compte le nombre de j'aime, si possible des profils les plus populaires pour être populaire à son tour. La coolitude se compte aussi en nombre 'd'amis' sur Facebook.

C'est une tyrannie douce car elle suppose le plein consentement de ses sujets. Que dis-je ? Plus que le consentement : le ralliement enthousiaste. Mais c'est une tyrannie quand même. Elle balaie avec violence les valeurs et la culture que les parents ou l'école tentent difficilement de transmettre.

L'alcool, les fêtes, les excès, les fringues, les marques, la musique, les photos de tout ça avec comme commentaire des sentences sans queue ni tête. Des poses, que des poses. Que la vie ressemble à des publicités pour parfum. Belles, rebelles, évanescentes.

La réalité : on forge ainsi des êtres décérébrés entièrement soumis au capitalisme : bienvenue dans le monde d'Apple, de MacDo, de Facebook, de l'industrie du disque et du divertissement. Bienvenue dans le monde de la mode - toute la mode, rien que la mode. Le fashion. La marque. Les idoles de notre monde. Et partout dans le monde, des millions de fidèles glorifiant la mode, les marques, la pub.

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Effets Secondaire, Soderbergh

Sur un scénario à la Diaboliques, je retiens surtout l'esthétique vaporeuse. Une esthétique à la '5D' du nom de cet appareil photo qui fait caméra : faible profondeur de champ, nombreux inserts, point un peu flottant au point que le sujet est presque flou parfois (volontairement?). Et ce qui va avec : les couleurs pastel, désaturées, avec beaucoup de lumières naturelles. Et enfin, plus original : le montage et la narration, très distantes. C'est difficile à définir. On sent l'art d'un réalisateur confirmé qui manipule la matière cinématographique.

On avait déjà vu ça avec son film sur l'épidémie. Les sons étouffés, une musique. Un peu comme une chronique. Comme si le film le voulait pas s'engager complètement dans l'histoire, dans la fiction. Ce qu'il finit par faire à la fin, quand la tension est à son comble.

L'intérêt de cet esthétique, c'est qu'elle n'en rajoute pas. Elle ne 'fait' pas thriller. C'est presque une fausse piste. Mais ça permet aussi de mettre un peu d'humanité, un peu de chair humaine (les gros plans, l'émotion) dans un film qui pourrait aussi n'être qu'un scénario abstrait de machination.

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26 novembre 2012

St'art 2012 - fragments

 

BohnertChrist

Hervé Bonhert (né en 1967)

Sur Internet, je n'ai trouvé que ce crucifix/squelette. Ce que j'ai remarqué, ce sont deux photographies anciennes. Deux portrait de taille, en noir et blanc, datant des années 1900 ou des années Vingt, c'est difficile à déterminer. Sur chacune des photographies, les visages sont recouverts de peinture (surtout blanche et noir, mais avec des couleurs) et cette peinture a laissé des coulures sur le reste du corps. Impression de malaise - masques déformants, masques mortuaires. Quelque chose de morbide, une sorte de vision d'outr-tombe ou de cauchemar qui pourrait être réutilisée dans un film d'horreur.

Je cite l'article mis en lien : "Sculpteur anatomiste et dessinateur, il intervient sur ses matériaux pour y faire apparaître squelettes et fantômes, leur donnant ainsi l’aspect de memento mori."

 

Babel_100X150_cm

Patrick Bastardoz (né dans les années 1970)

Un peintre alsacien dont je suis le travail depuis quelques années. Il se laisse aller à une routine qui doit bien se vendre à Strasbourg - notamment des vues des différents chantiers qui ont lieu à Strasbourg depuis ces dernières années (Presqu'îe Malraux, etc.). Sans rien d'inquiétant, presque "joli". Mais il vient de commencer une série intitulée "Babel" : dans la continuation de ses chantiers, mais ce sont cette fois des tours gigantesques, impossibles, monstrueuses. Une version contemporaine des grands tableaux de "Tour de Babel" qui a le mérite de s'intégrer complètement dans son travail. Enfin un peu d'imaginaire, un peu d'ambition, un peu de recherche picturale et iconographique, un peu plus d'inquiétude. Si seulement il pouvait continuer comme ça, dans l'exploration d'une voie pas seulement par la variation, mais par l'approfondissement, l'élévation, la complexité du propos. (L'orgueil propre au mythe de Babel s'impose ici plus par l'effet et le travail de peinture que par la tailled des bâtiments, modeste par rapport à ce qui se fait de nos jours).

 

Ohanian

Rajak Ohanian (né en 1933)

Séries photographiques en noir et blanc : "Métamorphoses" et "Portrait de l'Esprit de la forêt". Toutes deux sur des formes naturelles au résultat soit très graphique (strates de roches, veines de bois, etc.) soit anthropomorphique (troncs d'arbres s'enlaçant, etc.). Le principe est connu, manquant peut-être d'originalité, mais toujours efficace, surtout quand c'est fait avec une grande précision et sans pathos rajouté. Le panthéisme latent de cette observation minutieuse de la nature (microcosme/macrocosme) est tempéré par le regard presque scientifique qui découle du type de noir et blanc, des cadrages serrés sur le sujet, du découpage des images en polyptiques. Avec, en exergue, cette citation de Roger Caillois extraite de "L'écume des pierres" (tout un programme pour ce photographe!) : "Certes, le hasard seul est cause du prodige. Ces ressemblances sont approchées, douteuses, parfois lointaines ou franchement arbitraires mais perçues, elles deviennent vite tyranniques et donnent plus qu'elles n'avaient prévues."

 

V6-Ahmedabad

Frédéric Delangle (né en 1965)

Série de photographies "Ahmedabad "no life last night" (datant de 1905/1906) sur la ville qui fut intitulée la "Manchester e l'Inde" en raison de son passé industriel textile. Cela aurait pu être du photo-reportage de qualité, mais en photographiant les rues de la ville de nuit, avec un temps de pose assez long (5 à 10 minutes), il obtient des effets saisissant, une sorte de temps suspendu entre le passé autrefois glorieux et le présent plus précaise, entre architecture anglaise et modernité/pauvreté des nouveaux bâtiments. "C’est dans sa plus grande intimité qu’Ahmedabad se livrait, dans un silence et un calme à la limite du recueillement. Instant privilégié de sérénité où le monde moderne accorde quelques heures de répit avant de recommencer une nouvelle journée de folie."

 

 

Miquel

Christian Miquel

Autre artiste alsacien. Le premier mot qui me soit venu à l'esprit "de l'art steampunk" : des vaisseaux spatiaux bricolés à partir d'objets anciens de toutes sortes, surtout en métal. Ambiance à la Jules Vernes. Un voyage vers l'imaginaire non dénué d'humour. Pour citer Serge Hartman : "L’air de rien, au-delà de cette prédilection mélancolique pour la rouille et le déglingué, Christian Miquel s’amuse parfois aussi à interroger notre monde."

Patrick Loréa (né en 1971)

Loréa

Un artiste belge qui vit à Strasbourg. Des sculptures assez étonnantes. J'ai d'abord vu les cubes de plexiglas dans lesquels sont, comme gelés ou emprisonnés à l'intérieur, des têtes brunies et tordues. Cela rappelle surtout ces cadavres 'hibernatus" du néolithique que l'on retrouve pris dans des glaciers. Ensuite il y a ces visages en pleins cris ou ces torses tordus (en mélange d'acier, de bronze et de charbon) - rappels des moulages de cadavres de Pompéi, ou des cadavres figés en pleine fournaise. Mais selon les dires de l'artiste, ces cris peuvent aussi être compris comme des cris de joie ou d'orgasme. Mais il aurait du mal à nier que la mort et le cadavre n'est pas au centre de son travail.

 

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Matteo Massagrande (né en 1959)

Trois peintures de petits formats (40x50cm) montrant des intérieurs d'appartements vides avec des perspectives (une porte vers une autre pièce, une fênêtre sur le reste de la ville, etc.). Facture très classique, mais les belles lumières et le "silence" des compositions rappelle Hammershoï (d'ailleurs, le titre d'une toile est "Interno, il silenzo opaco"), et le hiératisme des compositions peut rappeler Hooper, mais si ici le format est beaucoup plus petit et sans figure humaine. Sortes de miniatures hollandaises où l'on chercherait presque le "petit pan de mur jaune" que, dans Proust, Bergotte cherche dans un tableau de Vermeer.

 

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Franco Cimitan

Artiste vénitien composant des paysages un peu lointain - huile sur bois, recouvert de cire. C'est cette cire qui donne ce "sfumato" si particulier, comme un paysage venant de très loin dans le passé (ou dans la mémoire). J'ai aussi pensé aux paysages de Corot - cette mélancolie si particulière.

 

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Mitch Dobrowner

Je suppose que ce photographe est assez connu car ces photos me sont un peu familières : dans un noir et blanc très contrasé et très profond, ce sont ces ciels nuageux extraordinaires, des tornades, des paysages de far-west grandioses. Les grands espaces américains aux prises avec les phénomènes météorologiques grandioses. C'est un peu tape-à-l'oeil, un peu facile (même si j'imagine que prendre ces photos n'a pas été facile, pour le coup), mais ça reste très impressionnant, lunaire et métaphysique.

 

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John Bulmer

Photographies de l'Angleterre populaire et ouvrière des années 1960 et 1970. On est clairement dans du reportage photo mais il y avait quand même plus d'intensité, de réalité sociale, et avec un regard plus affûté que dans les autres photos de la même galerie (les classiques de Wil Ronis revus 36 fois...). Et surtout la photo que j'ai mise en illustration : cet homme avec son chien qui observe le paysage industriel aux allures phantomatiques - alors que sa biographie dit qu'il a été un des pionniers de la photographie couleurs !

 

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Patrick Bailly-Maître Grand

Je le cite parce qu'il a fait récemment la Une de l'actualité régionale, pour avoir fait don d'une grande partie de son oeuvre au Musée d'art Moderne de Strasbourg. C'est ue galerie qui présentait quelques photos, dont notamment une "Maximillienne" qui fait partie d'une série assez connue. Une drôle de mise en scène qui évoque un fait divers, une scène de crime, une photographie "médico-légale" improbable, mais en même temps, la monumentalité de la composition frontale peut aussi rappeler le Saint Suaire (dont beaucoup de représentations sont en rayon X pour révéler le visage du Christ.

Je cite l'article des DNA : "Le titre emprunte à l’exécution de Maximilien d’Autriche, empereur du Mexique, fusillé en 1867 à Querétaro. On sait que l’événement inspira Manet, mais c’est au photographe François Aubert, sur place au moment des faits, que l’artiste strasbourgeois doit l’impulsion première de ce travail. Aubert photographia la chemise de Maximilien qui avait été fixée sur une porte, macabre témoignage de l’exécution de celui que les républicains mexicains considéraient comme un tyran."

Citation de l'artiste : « La photo d’Aubert est troublante, parce qu’elle ne montre pas le corps de la victime, mais un élément vestimentaire totalement banal. Et pourtant, à travers ce vêtement, la dépouille de Maximilien est terriblement présente dans nos têtes ». Il s'agit d'une oeuvre unique : « Le procédé est celui du monotype direct. L’image est fixée directement sur du papier photographique, via une optique et une chambre conçue à l’échelle de l’objet placé dans le fond de la chambre. Après développement, il en résulte une œuvre en négatif »

 

05 octobre 2012

Musica 2011 : souvenirs

A force de parler de Musica 2012, je me dois aussi d'évoquer brièvement les concerts de 2011 qui m'ont le plus marqué.

- il y a eu une oeuvre de Philippe Manoury, mêlant instruments réels et interventions électronique, qui fut de toute beauté. Une véritable révélation musicale des possibilités de la technologie, une expérience sonore que j'aimerais revivre un jour. Les interventions électroniques étaient d'une compliexité difficile à saisir sur le moment : certaines notes circulaient tout autour de la salle à travers les enceintes, étaient déformées, ou déclenchaient des programmes chargés de faire entendre d'autres sons. Ce n'était pas un dialogue entre les sons acoustiques et des sons enregistrés, mais entre des sons acoustiques et des programmes chargés de modifier ou de faire circuler ces sons directs. Il faudrait que je le réécoute pour en dire plus.

- Le Noir de l'Etoile, de Gérard Grisey dispose six percussions autour du public et diffuse en six points les sons de pulsars, ces signaux périodiques émis par des étoiles à neutrons. Avec les percussions, on est rarement déçus. Enfin si, ça arrive, mais ce soir-là, ce fut un autre moment extraordinaire - cosmique. Là aussi j'ai envie de parler "d'expérience sonore et musicale" : par l'originalité et la beauté stupéfiante de l'oeuvre, et aussi, comme pour l'oeuvre de Manoury, parce que la musique vient de tous les côtés et entour le spectateur.

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