Concert d'ouverture du festival Musica 2013, au Palais de la Musique et des Congrès, avec l'Orchestre du SWR dirigé par françois-Xavier Roth.

Un grand concert, avec un grand orchestre : je me suis dit que c'est toujours impressionnant, avec moins de risque d'ennui que de la musique de chambre parfois beaucoup plus hermétique. Je n'ai pas été déçu. Trois oeuvres, trois manières assez différentes de considérer l'orchestre et de "jouer" avec lui.

 

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Marc Monnet : Mouvement, imprévus, et... pour orchestre, violon et autres machins.

Tout d'abord, quelques mots sur les "notes de travail" présentées dans le livret. Une succession de clichés assez consternants, soit qui se veulent drôles mais ne le sont pas trop, soit complètement néo-festifs ("Plus j'avance, plus j'ai envie d'être immoral. Loin de toute mode, libre, hors des conventions collectives, des "moralités", du sens que l'oeuvre peut prendre" "Je suis en contradiction avec la vie, avec le sens. je ne travaille pas pour être dans le système, mais au contraire pour être"), soi tcarrément raccoleuses quand il parle des chômeurs qui sont "dehors" comme lui...

Je me demande s'il pense que les deux autres oeuvres présentées ce soir étaient conventionnelles...

En gros, sa pièce est un concerto pour violon. J'ai beaucoup aimé les passages de violons, sorte de plainte juive, de course virtuose et comme à bout de souffle. Les passages de l'orchestre étaient au contraire plus déconstruits, pas du tout mélodiques - du coup plus difficiles à saisir pour moi. J'ai trouvé ça un peu convenu et fatiguant de jouer tout le temps sur la surprise, le heurté, etc.

 

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Yann Robin : Monumenta

Pour ce que ça vaut, j'ai été plus séduit par cette oeuvre "monumentale" qui déroule sur une vingtaine de minutes la structure classique mais toujours efficace du "crescendo/decrescendo" mais avec une écriture assez originale, où chaque voix, chaque instrument a sa propre partition. La partition du chef d'orchestre était énorme, il lui a fallu un pupitre adapté !

Autant citer Robin lui-même. C'est un peu abstrait mais ça correspond bien à l'impression générale : "... une écriture massive où les flux se mêlent et s'entrechoquent, où les énergies se superposent et s renforcent. De gigantesques masses "bruiteuses", colorées (harmonie-bruit) s'étirent, se déploient, glissent et se métamorphoes; les timbres explosent et se démultiplient simultanément au travers d'une sur-activité sonore." Effectivement, c'est aussi une oeuvre virtuose et énergie où les musiciens ont fait couler de la sueur !

 

Haas

Georg Friedrich Haas : limited approximations

Sur le texte de résentation, ça faisait un peu peur. Le compositeur y parle d'intervalle de douzième de ton, d'approximation de la progression des harmoniques, de micro-tonalité, d'accords spectraux... Et effectivement, l'oeuvre est probablement, de la soirée, la plus austère, la plus rigoureuse, la plus exigeante... Mais aussi celle qui m'a le plus impressionné et que j'ai, je pense, le plus aimé. On n'est pas dans les effets de manche et l'étalage de virtuosité, mais dans une vraie recherche musicale  qui ne dédaigne pas les effets sonores. Il y a une vraie majesté, une vraie ampleur - ce qui est un peu normal, avec une oeuvre pour 6 pianos (!!) et un orchestre.

En fait, cette histoire de microtonalité signifie que toute l'oeuvre tient sur quasiment une seule note ! En jouant uniquement sur des variations minimes (les "limited approximations" du titre), sur des glissements d'un instrument à un autre, sur le dialogue entre les pianos, entre les octaves, sur les jeux de texture, d'ampleur... Et ça marche !

En tout cas, la microtonalité crée de forts effets de tension et de stress (à la Ligeti !) qui pouraient faire très bien dans des films d'horreur ou fantastiques.